Résister à l'effacement, Ibrahim Rashid
« Resisting Erasure » est une série de trois peintures à l'acrylique de tailles variées, chacune représentant une figure stylisée d'apparence humaine. Ces figures apparaissent dans différentes poses et à différents stades de mouvement, se détachant sur des arrière-plans simplifiés et minimalistes. Les formes sont allongées et partiellement abstraites, avec des têtes lisses et arrondies et des membres simplifiés. Les surfaces laissent apparaître des coups de pinceau et des couches de peinture superposées. La palette de couleurs varie d'une œuvre à l'autre, combinant des aplats de couleur vifs avec des tons plus sombres et plus clairs contrastés au sein des figures. Des formes hybrides et des éléments symboliques semblent intégrés aux corps ou les entourer. Les compositions sont épurées, les figures étant placées au centre et l'espace négatif mis en valeur. Les contours sont doux et picturaux plutôt que nettement définis. La présentation d'ensemble met l'accent sur l'interaction entre la figure, le champ de couleur et l'espace environnant, chaque peinture étant visuellement reliée aux autres par des formes répétées et une structure compositionnelle commune.
Titre : Résister à l'effacement
Artiste : Ibrahim Rashid
Date : 2025-2026
Technique/Matériaux : Peinture acrylique
Dimensions : 71 m de diamètre, 46 cm x 46 cm, 36 m x 28 m
Forme/Genre : Peinture
Mots-clés/Thèmes/Étiquettes : Incarnation ; Biopolitique ; Résilience ; Effacement culturel ; Mémoire
Déclaration de l'artiste :
« Resisting Erasure » explore le corps en tant que lieu où convergent le pouvoir, la mémoire et l’identité. Ancrée dans l’expérience vécue de la guerre et d’un régime totalitaire, et façonnée par les systèmes contemporains de surveillance et les technologies médicales, cette œuvre propose une réflexion sur la manière dont le pouvoir définit, mesure et réglemente la vie humaine.
Au cours de l’hiver 2019, Ibrahim Rashid a passé une IRM cérébrale à Toronto afin de déterminer la cause de sa perte auditive. Enfermé dans une étroite chambre cylindrique, mon corps a été cartographié par des champs magnétiques invisibles. Les impulsions de la machine ont transformé la chair en données — mesurées, classées, archivées —, réduisant ainsi l’expérience vécue à une simple image. Pourtant, en moi, un autre processus s’est mis en marche : la mémoire a refait surface sous la forme d’une archive fragile et incarnée, résistant à la disparition.
Cette rencontre a renforcé chez Rashid la conscience que le corps est à la fois agent et objet ; à la fois pris en charge et scruté ; à la fois vulnérable et soumis à des systèmes de pouvoir. Les appareils médicaux reflétaient les structures qu’il avait connues en Irak, où la gouvernance s’étendait à la vie privée, façonnant l’identité et effaçant l’histoire. En ce sens, les soins et le contrôle s’entremêlent à un même seuil, comme l’a exploré Foucault dans son concept de pouvoir politique et biologique.
À travers ses peintures, Rashid explore des états incarnés où émergent des figures hybrides, là où la fragilité côtoie la résilience et où le silence se heurte au témoignage. Son expérience professionnelle initiale en tant que technicien en radiologie pendant la guerre du Golfe l’a confronté aux clichés radiographiques de soldats blessés, lui révélant ce qui reste invisible de l’extérieur et la manière dont les images peuvent véhiculer des récits tant individuels que collectifs. Inspiré par la conviction d’Ibn Rushd selon laquelle la pensée ne peut être réprimée — « les idées ont des ailes » —, le travail artistique de Rashid dépeint l’art comme un acte de résistance et de guérison : un espace où la mémoire demeure et où l’imagination défie les structures de l’effacement.
Contexte culturel / Histoire derrière l'œuvre :
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