Holding the Space, Jordan Danger
Une silhouette féminine d'un blanc fantomatique, dotée d'une tête de corbeau noir, porte ses mains sur son ventre ; à l'intérieur, on distingue des gravures représentant des dispositifs contraceptifs, des pilules et une créature furieuse qui symbolise l'utérus de l'artiste, rongé par l'endométriose.
Titre : Créer un espace
Artiste : Jordan Danger
Date : 2025
Technique/Matériaux : Céramique
Dimensions : 45 cm x 20 cm x 20 cm
Forme/Genre : Sculpture en céramique
Mots-clés/Thème/Étiquettes : Endométriose ; Utérus ; Hystérectomie ; Perte ; Témoignage de patiente ; Appareil reproducteur
Déclaration de l'artiste :
Jordan Danger utilise la sculpture pour exprimer ce qui est difficile à mettre en mots, donnant une forme physique à des idées et des émotions intangibles qui, sans un mot, semblent familières à de nombreux spectateurs, en particulier aux femmes. L'argile est devenue son principal moyen d'expression en raison de sa réactivité, de son immédiateté émotionnelle et de sa capacité à capturer des gestes d'une manière qui semble presque somatique.
Une grande partie de l’œuvre de Danger s’articule autour des émotions somatiques humaines et des expériences universelles. Son long parcours face à la maladie chronique a façonné son récit et l’orientation de son travail, en particulier ces dernières années, alors que Danger aborde la quarantaine et se sent de plus en plus animée par une juste colère face à ce qu’elle a enduré en tant que patiente, femme et personne handicapée.
Une grande partie de son œuvre sculpturale s’articule autour de figures anthropomorphiques et d’inspiration animale. Cela élimine les repères qui pourraient limiter l’interprétation ou susciter des préjugés, et invite les spectateurs à se reconnaître dans l’œuvre. Ces figures semblent souvent fantaisistes, belles ou ludiques à première vue, mais elles recèlent, lorsqu’on les examine de plus près, des observations profondes sur l’air du temps et la culture actuelle. Les spectateurs confient souvent à Danger qu'ils ont d'abord été intrigués, puis discrètement hantés par son œuvre. Cette dualité est intentionnelle : elle utilise la fantaisie et le conte de fées comme point d'entrée vers un terrain émotionnel et psychologique plus profond.
Contexte culturel / Histoire derrière l'œuvre :
Cette œuvre a vu le jour lorsque Danger a pris conscience qu’elle était en train de perdre son combat de vingt ans contre l’endométriose. Alors que ses médecins insistaient une nouvelle fois pour qu’elle subisse une hystérectomie totale, ils lui ont également dit que « seule elle pouvait prendre cette décision ». Danger a réalisé cette œuvre comme une réflexion sur cette question. Elle a passé du temps à méditer sur les traitements, les instruments et les médicaments qu’elle avait été contrainte de subir dans cette partie de son corps, essayant d’apprivoiser un monstre qui vit en elle ; c’était comme combattre le mal par le mal. Ce carrefour pesait lourdement sur elle, car Danger réalisait qu’elle allait finalement perdre son combat, admettre sa défaite et permettre aux médecins de créer un véritable vide à l’intérieur d’elle, là où la création était censée vivre. Cette œuvre contraste fortement avec la manière calme et parfois désinvolte dont les médecins ont abordé l’idée de retirer ces organes tout en lui prodiguant, en parallèle, des traitements temporaires, traumatisants et inefficaces.
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